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POINTS DE VUE

Si, il faut modifier la Marseillaise.

mardi 2 décembre 2008, par Pierre Régnier


Premier désaccord très grave avec un article de RL. Désaccord est un mot faible : l’article d’Yves Pialot dans RL n° 64 a provoqué chez moi une franche indignation.

Tout d’abord je regrette que l’auteur ne nous ait pas reproduit un couplet ajouté (par quel anar en quelle année ? je ne sais plus mais il y a très longtemps, c’était peut-être au XIXe siècle) qui constituait déjà un sérieux progrès. C’était du genre : "Que vienne ceci, que vienne cela… pour qu’il ne soit plus nécessaire de chanter : Aux armes…" J’ai longtemps gardé ça précieusement, puis je l’ai égaré et ne le retrouve pas. Que ceux qui l’ont toujours le publient, ça fera du bien à tout le monde.

Le 30 mars 2007 j’ai proposé ces trois couplets "pour une Marseillaise pacifiante" :

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Chantons enfants de la patrie

De beaux espoirs se sont levés

Pour l’avenir une autre vie

Bien plus belle est à préparer (bis)

Changeons, compagnons et compagnes

L’air des bureaux, des ateliers

Sachons protéger les vrais blés

Et tous les vrais fruits de nos campagnes

Aux rêves citoyens !

Ensemble imaginons

Faisons, faisons

Qu’une eau très pure abreuve nos sillons.

Tous les habitants de la terre

De notre peuple sont amis

Pour vaincre avec eux la misère

Dans la paix nous serons unis (bis)

Pour des repas plus équitables

Pour une autre répartition

Sur la planète nous ferons

Une fraternité très durable

Aux rêves, etc.

La culture multicolore

L’école sans publicités

Feront nos enfants plus encore

Amoureux de la liberté (bis)

Pour ces lendemains libertaires

Sachons créer de la beauté

Sachons protéger nos pensées

De la cynique loi financière

Aux rêves, etc.

(Paroles de Pierre Régnier, donc, et musique inchangée)

J’ai proposé cette contribution à un changement de texte sur une idée de José Bové. J’ai précisé que je voulais la musique inchangée et j’ai fait en sorte que toutes les syllabes puissent être gueulées comme le sont celles de la Marseillaise actuelle. Je ne voulais pas jeter le symbole patriotique mais le pacifier en l’actualisant. En reproduisant cette proposition sur « Respublica » j’ai précisé que je ne voterais pas pour Bové parce que je trouvais stupide et antirépublicaine son idée de mettre des sans-papiers sur les listes de candidats aux législatives.

Ai-je fait pourtant du sentimentalisme politimou à la Ségolène (qui m’aurait tout de même paru moins dangereuse que Martine à la tête du PS, cette-ci étant carrément complice des islamistes, l’une des pires trahisons actuelles de la "Gauche" selon moi) ? Suis-je une fois de plus ambigu, comme je l’entends dire régulièrement depuis que je milite ? Faut-il vraiment de la violence dans le combat révolutionnaire ? Du symbole "dur", qui sonne comme de la haine et de l’amour du sang même si, comme Yves Pialot veut nous en convaincre, le symbole est tout autre ?

Qu’on en débatte cette fois-ci pour de bon. C’est un vieux SUJET de débat qui n’a jamais eu vraiment lieu, ce qui fait toujours de sacrés dégâts. Écoutez par exemple Nicolas Demorand : s’il interroge Besancenot il tient à lui faire dire qu’il est pour la violence… ou qu’il renonce à la révolution ; s’il consent à interroger un objecteur de croissance il insiste pour que l’auditeur retienne qu’il s’agit de quelqu’un qui veut tout éclairer à la bougie, voire même qu’il s’agit d’un antisémite (si si !) qui, au mieux, s’ignore.

Faisons un détour sur le site de Fanny (à soutenir, évidemment). Un lecteur y écrit ceci : "Le prétendu "antiracisme" est bien le communisme du XXIème siècle" Il n’y a pas de guillemets à communisme, l’auteur considère donc que l’épouvantable système qu’on a mis en place sous ce nom était bien le communisme. Je gueule depuis des années qu’il faut nommer ce système par son nom : le fascisme stalinien (maoïste à Pékin) et que le communisme (ou le socialisme, comme on voudra) reste l’avenir de l’humanité si l’on ne veut pas que celle-ci sombre dans la barbarie sur une planète devenue invivable.

Autre confusion grave : en revenant hier de la manif pour la défense du service public de l’audiovisuel j’ai entendu à la télé que les socialistes, comme Bayrou la veille, s’effrayaient parce que Sarkozy "voulait refaire l’ORTF" ! Or celui-ci était précisément ce que Sarkozy CONTINUE de détruire : un organisme au financement garanti. Et, à ses débuts, l’ORTF était protégé de la pollution publicitaire. Un outil idéal, en somme, pour le développement de la démocratie. A améliorer à tout prix, cependant, puisque l’information y était contrôlée par le pouvoir politique, et puisque la gestion n’était pas assurée par des représentants du peuple, l’initiative de programmation non plus. Mais les pseudos-démocrates confondent stupidement la volonté des saccageurs sarkoziens de fragiliser plus encore ce qui reste de l’outil démocratique de communication avec leur volonté de mettre les restes à la botte du Président de la République (Sarkozy veut effectivement revenir à la nomination des directeurs par celui-ci).

Je sais bien où certains vont voir, à RL, la plus flagrante preuve de mon égarement dans ma proposition partielle de nouvelle Marseillaise : je veux une culture "multicolore" pour nos enfants, je prétends qu’elle va les aider dans leur amour de la liberté. Or je suis le premier à trouver lamentable, délétère, criminel, ce qu’on fait avancer en ce moment en France, en Europe, au Canada sous le terme de "multiculturalisme". Ne suis-je pas en pleine contradiction ? J’affirme que non.

Nous avons à accueillir dans notre culture LE MEILLEUR des cultures du reste du monde. Nous avons, comme TOUS les peuples, à apprendre de tous les autres. Nous devons donc faire place, notamment dans l’enseignement donné à nos enfants, à la vraie culture, multiforme, des autres peuples. C’est le contraire de l’actuel PRÉTENDU multiculturalisme qui veut nous faire régresser en nous demandant d’accepter un grignotage progressif de ce que nous avons, nous, de meilleur : les droits ET DEVOIRS humains et républicains, la laïcité, le respect de la loi, le respect de la femme et l’égalité des sexes, la non-violence et la démocratie, la liberté dans la presse et dans l’art, la volonté (encore un peu) d’améliorer prioritairement le sort des plus défavorisés (j’espère que ça va redevenir ou devenir notre principale préoccupation).

Rien de commun, donc, avec la prétendue nécessité de faire une plus grande place à l’obscurantisme et d’œuvrer à la promotion de la plus rétrograde et la plus violente des religions, l’islam, la plus incompatible avec les droits humains (et qui le proclame !) en finançant ses nouvelles mosquées (quand les églises sont interdites ou brûlées dans les pays islamiques !) en introduisant dans les cantines des écoles, dans les salles de classe, dans les gymnases, dans les piscines, dans les hôpitaux, dans les théâtres et les cinémas… les nouvelles discriminations et censures que réclament les musulmans. Rien de commun avec leur volonté de voiler et faire taire les femmes au pays du combat féministe et de ses acquis.

Je précise que, résistant à l’islamisation du monde, je n’accepte pas pour autant la tricherie des autres religions monothéistes. Comme je le fais depuis des années j’ai, à plusieurs reprises ces dernières semaines, dénoncé la tricherie de l’église catholique, qui continue de faire comme si sa propre conception de Dieu n’était pour rien dans les violences religieuses effectivement commises. Quatre nouvelles occasions de rejeter sa conception criminogène viennent d’être ignorées par elle : le synode des évêques sur la "parole de Dieu", la rencontre catholiques-musulmans de Rome, la rencontre interreligieuse de Sant’Égidio à Chypre, les semaines sociales de Lyon.

Il faut, Yves Pialot, constamment éclairer, réexpliquer l’histoire comme vous le faites mais il faut aussi, après que le temps a passé sur l’histoire, être clair sur les nouveaux objectifs, ceux que nous voulons tous, j’en suis convaincu, à Riposte Laïque. Il faut vouloir que les symboles symbolisent bien, de façon immédiatement compréhensible pour ceux qui les utilisent ou les entendent. La Marseillaise doit belle et bien être actualisée par une modification de son texte. Celui-ci doit conforter nos vraies valeurs révolutionnaires, mais il doit le faire en les exaltant pacifiquement.

Pierre Régnier

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