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RIPOSTE LAÏQUE

Laïques turcs dans la rue, Ayaan à Paris, deux combats féministes contre l’islamisme dont on pourrait s’inspirer en France

mercredi 1er octobre 2008, par Pierre Cassen


Plus de 100.000 manifestants, laïques et féministes, ce samedi, ont défilé dans les rues d’Ankara, aux cris de « La Turquie est laïque, et le restera », « Gouvernement démission ». Ils ont ensuite investi pacifiquement le mausolée de Mustapha Kemal, le fondateur de la République laïque turc. Notre amie Jeanne Bourdillon (1), dans un récent article de Riposte Laïque, expliquait notamment les arguments du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Ce dernier estime que l’interdiction du foulard islamique à l’université porte atteinte à la liberté de conscience et au droit à l’éducation des jeunes femmes refoulées des universités en raison de leur tenue. L’AKP et le Parti de l’action nationaliste (MHP, nationaliste), qui soutient la réforme, disposent au Parlement de la majorité des deux tiers des sièges nécessaire pour faire passer le texte. La situation turque ne peut qu’interpeller les laïques de notre pays, pour plusieurs raisons. D’abord, la laïcité à la française, basée sur la séparation du politique et du religieux, a peu à voir avec celle de la Turquie, où, dans ce pays très majoritairement musulman, Ataturk a supprimé le califat, et transformé l’islam en religion d’Etat, où la formation des imams et leur salaire sont assurés par le gouvernement (2). Pour autant, avec leur histoire différente, les modèles turcs et français sont aujourd’hui la cible des islamistes. En Turquie, Erdogan, nouveau président, attaque symboliquement l’université, première phase d’une offensive beaucoup plus vaste, visant à imposer l’islam comme modèle de référence totalitaire dans l’ensemble de la société, ce que la législation turque actuelle ne permet pas. En France, les islamistes ont compris depuis longtemps que le modèle laïque de séparation des Eglises et de l’Etat était un obstacle à leur projet politico-religieux, où le repli communautariste des populations arabo-musulmanes devait se substituer à l’intégration républicaine. Dans son livre « Frère Tariq », (3) Caroline Fourest explique très bien que des franges de l’islam politique, comme notamment Tariq Ramadan, comprennent, notamment après la gigantesque manifestation du 16 janvier 1994, qu’il faut jouer certains secteurs de la gauche pour attaquer la laïcité, en misant sur la culpabilité post-coloniale et sur les discriminations sociales. La Ligue de l’Enseignement d’abord, dans sa commission « Islam et Laïcité », puis la Ligue des Droits de l’Homme, donneront une légitimité inespérée à celui qui ne rêve que d’en finir avec le modèle laïque français, et qui milite activement pour que la République s’adapte aux besoins de l’islam, notamment en faisant accepter le voile dans le maximum de secteurs de la société française, dont l’école. La philosophe Catherine Kintzler a parfaitement raison, dans Marianne en ligne de cette semaine (4) de souligner, comme nous le faisons au fil de nos numéros, que la « laïcité positive » de Sarkozy n’est que l’aboutissement d’un travail de sape mené par des composantes de la droite et de la gauche pour en finir avec la spécificité de notre modèle, jugé archaïque, et surtout incompatible avec un projet européen voulant transformer notre pays en modèle libéral de type anglo-saxon. Alors que les Turcs, laïques et féministes, ont pris l’habitude de descendre dans la rue par dizaines de milliers pour défendre leur modèle laïque, qu’ils conçoivent comme un outil les protégeant d’une islamisation de la société, il faut constater, en France, une certaine apathie organisationnelle quand Nicolas Sarkozy et Alliot-Marie annoncent tranquillement leur volonté d’autoriser le financement légal des cultes, et que Boubakeur, encouragé par le gouvernement, demande carrément un moratoire de dix ou vingt ans sur la loi de 1905. Force est de constater que ce sont les islamistes, dans les deux pays, qui se montrent les plus offensifs contre un modèle laïque qui les dérange. Mais, alors qu’en Turquie, les organisations mobilisent, en France, la perspective d’une manifestation n’est pas encore envisagée, alors que jamais l’attaque n’a été aussi forte. La raison ? Outre le fait que beaucoup de ces organisations, comme le signale Catherine Kintzler, ont défendu la « laïcité ouverte », elles sont plus à l’aise pour lutter contre l’Eglise catholique que face au discours victimaire que les leaders religieux musulmans savent remarquablement tenir, pour expliquer qu’ils sont discriminés, qu’ils sont pauvres, et qu’on les prive de lieux de prières. En France, on peut faire rire du Pape, cela fait partie du folklore, et il faut se battre pour que cela dure, au nom du droit au blasphème. Mais des discours contre l’islam, contre le prophète et le coran, comme peut les véhiculer Ayaan Hirsi Ali, (5), sont très difficiles à tenir, sans être immédiatement suspecté de racisme, Robert Redeker, qui en a dit dix fois moins, en sait quelque chose. La tactique de l’ayatollah Khomeiny, inventeur du mot « islamophobie », a marché efficacement auprès de quelques idiots utiles, puisque, après Mouloud Aounit, qui a usé et abusé du terme, pour le plus grand déshonneur du Mrap, Nicolas Sarkozy lui-même s’est permis de faire le parallèle entre islamophobie et antisémitisme en Algérie, alimentant la thèse selon laquelle la critique - légitime et nécessaire - de l’islam serait forcément empreinte de racisme. Il faut donc se réjouir qu’Ayaan Hirsi Ali, (6) vienne à Paris, le 10 février, et puisse y tenir une réunion publique, avec une mobilisation autour de sa venue. Nous qui avions publié ce texte de notre ami Roger Heurtebise (7) en fin 2007 ne pouvons que nous féliciter que Rama Yade écrive un article magnifique, dans « Le Monde » daté du 5 février (8) où, parlant de l’égalité hommes-femmes, elle a cette phrase, parlant des intégristes islamistes : « Ce sera eux ou nous ». Espérons qu’à Paris, Ayaan dira librement ce qu’elle écrit contre le coran et le prophète, ce qui est son droit le plus absolu. Mais pourquoi, en France, ceux qui osent dire la même chose qu’elle se voient immédiatement contraints de devoir se justifier ? Pourquoi, quand Michèle Vianès et des animateurs de Riposte Laïque lancent une pétition contre le voile à l’université, sont-ils combattus par des militants, qui y voient une atteinte liberticide à la laïcité telle qu’ils la conçoivent ? Pourquoi est-il si facile d’accueillir et d’ovationner Ayaan Hirsi Ali, de se féliciter des manifestations laïques en Turquie, contre le voile à l’université, et qu’en France, des militants laïques respectables en arrivent à le défendre à l’université ? Comment peut-on assister passivement au détricotage de la loi de 1905, essentiellement sous la pression des islamistes, qui ont trouvé l’oreille attentive de Nicolas Sarkozy ? Pourquoi de nombreux militants sincèrement laïques, nos amis, ont-ils tant de difficultés à changer de logiciel ? Nous ne sommes plus en 1905, le fer de lance contre la laïcité, en France, n’est plus le catholicisme, c’est l’islam politique, et trop de laïques ont des problèmes avec cette évidence. Ecrire cela ne nous empêche nullement d’être solidaires des femmes polonaises, victimes de l’intégrisme catholique, et des cinq pays européens où le droit à l’IVG est toujours refusé, à cause de la pression du Vatican. Nous n’oublions pas les crimes passés de l’Eglise. Simplement, ce ne sont pas les intégristes catholiques qui ont assassiné Theo Van Gogh, qui contraignent Mohamed Sifaoui ou Ayaan à vivre sous protection policière 24 heures sur 24, et qui multiplient les attentats sanglants dans trop de pays au monde, essentiellement contre les plus pauvres. Dans ses conférences de presse, notre Président explique que les caisses de l’Etat sont vides ! pour la majorité des citoyens de ce pays, confrontés aux duretés d’un pouvoir d’achat qui s’érode au quotidien. Le fait qu’il puisse oser envisager de donner nos sous de contribuables aux Eglises, pour autoriser le financement de la construction des mosquées aujourd’hui, des temples évangéliques demain, des monuments sectaires après-demain, sera-t-il enfin la goutte d’eau qui fera déborder le vase, le détonateur, malgré la « prudence » des réactions constatées jusqu’à ce jour, pour qu’enfin, on ne parle pas des manifestations laïques uniquement quand elles ont lieu en Turquie ? Pierre Cassen

- (1) http://www.ripostelaique.com/Les-islamistes-turcs-veulent.html

- (2) http://www.repid.com/spip.php ?article448
- (3) http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2005/01/28/282-tariq-ramadan-et-la-commission-islam-laicite
- (4) http://www.marianne2.fr/index.php ?action=article&id_article=798000

- (5) http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/islamisme/dossier.asp ?ida=433059
- (6) http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2008/02/01/1907-meeting-a-paris-le-10-fevrier-avec-ayaan-hirsi-ali
- (7) http://www.ripostelaique.com/Monsieur-le-President-de-la.html
- (8) http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/02/04/deux-femmes-d-honneur-par-rama-yade_1007117_3232.html

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