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L’INTERVIEW DE LA SEMAINE

Chantal Robin-Rodrigo, député des Hautes Pyrénées, soutient la proposition de loi de Françoise Hostalier

mardi 2 décembre 2008, par Pierre Cassen


Riposte Laïque  : Riposte Laïque a publié des échanges des échanges que vous avez eus, sur la laïcité avec une de vos administrées, lectrice de notre journal, Chantal Crabère. Nous n’avons pas publié vos arguments, les ayant reçus tardivement. Avant de rentrer dans le débat, pouvez-vous nous dire qui vous êtes, et quelle place la laïcité occupe-t-elle dans votre engagement politique ?

Chantal Robin-Rodrigo : Je suis élue députée des Hautes-Pyrénées depuis 1997 et membre du Parti Radical de Gauche depuis 30 ans. Le parti radical a toujours été profondément attaché à la laïcité et n’a jamais transigé avec la liberté de conscience de chacun. Je considère que la laïcité est une valeur fondatrice et essentielle de notre République, qu’il nous faut toujours défendre.

Riposte Laïque  : Vous faîtes partie des rares élus de gauche à avoir signé la proposition de loi de Françoise Hostalier, demandant un renforcement des principes laïques dans la fonction publique, notamment en interdisant tout signe montrant une appartenance religieuse à une personne remplissant une mission se service public. N’avez-vous pas été gênée par l’appartenance politique de la majorité des signataires ?

Chantal Robin-Rodrigo : Non, car il est des questions comme la laïcité qui dépasse les clivages politiques et parce que j’apprécie beaucoup Françoise Hostalier. Donc, je ne suis nullement gênée et je note par ailleurs que nous somme quelques élus de gauche à l’avoir co-signée.

Riposte Laïque : Comment expliquez-vous que le camp auquel vous appartenez, la gauche, donne l’impression de ne plus mener les batailles laïques ? Pensez-vous que l’offensive islamiste, en France, met mal à l’aise une partie de vos camarades, plus à l’aise pour lutter contre la laïcité positive du président de la République et la venue du Pape ?

Chantal Robin-Rodrigo : Je ne suis pas d’accord, la gauche a toujours été présente et à l’avant-garde du combat pour la laïcité. Depuis 4 ans, les parlementaires de gauche demandent l’abrogation de l’article 89 de la loi d’aout 2004 qui créé l’obligation pour les communes de financer la scolarité de leurs élèves fréquentant les écoles privées et c’est grâce à leur mobilisation que le Gouvernement a décidé d’abroger cet article. Preuve en est que la gauche est toujours vigilante face au retour du religieux et des coups de canifs que la droite porte au pacte républicain.

Riposte Laïque  : Que pensez-vous de la proposition de loi de Jacques Myard, proposant d’interdire le voile intégral en France, et d’expulser les personnes de nationalité étrangère qui persistent à le porter ?

Chantal Robin-Rodrigo : Autant je suis d’accord avec le fait que le port du voile intégral – la burqa- est choquant dans notre société car il renvoie à des pratiques archaïques, à une image dégradante de la femme et la condamne à l’enfermement et à la soumission, ce qui est contraire au principe d’égalité de sexes (réaffirmé dans l’arrêt du Conseil d’Etat du 27 juin 2008), autant je suis en désaccord avec la réponse. Elle stigmatise une religion (l’islam) et vise les étrangers. La loi n’interdit pas le port de signes ou de tenues et on ne peut demander aux personnes de renoncer à leur culture. Il faut savoir où l’on met le curseur et veiller à préserver ce qui est garanti par la loi : la liberté de conscience et le droit de l’exprimer. La burqa n’est pas une pratique de l’islam, elle est revendiquée par des intégristes qui cherchent à renforcer leur pouvoir et à créer un amalgame.

Riposte Laïque  : Les propos du président de la République, sur la laïcité positive, inquiète de nombreux laïques. Pensez-vous que sa majorité le suive, sur cette question ?

Chantal Robin-Rodrigo : Oui, ses propos sont choquants car c’est en tant que Président de la République qu’il s’exprime. Au nom de tous les Français qu’il représente qu’ils soient croyants, agnostiques, ou athées, ce n’est pas de son rôle d’expliquer à nos concitoyens que sans la religion, rien n’est possible. La laïcité n’a pas besoin d’être précisée car la loi de 1905 précise que l’Etat ne reconnait aucune religion. Je ne pense pas que sur ce point la majorité UMP le suive, consciente de la nécessité de ne pas revenir en arrière, mais il convient de rester vigilant.

Riposte Laïque  : Pensez-vous que la crise de l’école publique, et le développement des écoles privées, souvent confessionnelles, n’est que le résultat d’un manque de moyens, comme le disent souvent les syndicats enseignants ?

Chantal Robin-Rodrigo : Oui, c’est d’abord un manque de moyens. L’enseignement privé sous contrat accueille 16.5% des élèves du 1er degré et 18% des élèves du second degré. Normalement en application du principe de parité, l’enseignement privé ne doit pas percevoir plus que l’enseignement public. Force est de constater que ce n’est pas le cas. Exemple dans les ZEP, le secteur public perçoit 167 postes supplémentaires dans le budget 2009 et le secteur privé 100. Si le principe de parité était appliqué, le secteur public devrait bénéficier de 383 postes supplémentaires. L’école publique est mise à mal et sacrifiée avec la suppression de 13 500 postes en 2009 qui s’ajoutent aux 11 200 postes supprimées en 2008.

Riposte Laïque  : Comment expliquez-vous ce paradoxe : il y a, en France, de plus en plus d’athées, et notre pays est confronté à la demande de plus en plus fréquente de nouveaux lieux de culte, souvent financés de manière déguisée (baux emphytéotiques). Cela vous paraît-il normal, et pensez-vous, dans l’esprit de la loi de 1905, qu’il faut dire oui à toutes ces demandes ?

Chantal Robin-Rodrigo : Il y a en France autant de croyants - parfois non pratiquants- que d’athées. Mais nous sommes confrontés aujourd’hui à des revendications religieuses et à une demande de nouveaux lieux de culte. On ne peut ignorer ces demandes notamment de l’islam, 2ème religion de France. Les édifices construits depuis la loi de séparation constituent des biens privés construits et entretenus par les fidèles, avec les difficultés que cela peut représenter en termes de financement. Ce qui fait que les collectivités locales accordent des garanties d’emprunt et des baux emphytéotiques pour le financement de la construction d’édifices cultuel. Mais on ne peut ignorer aussi, que les communes investissent beaucoup d’argent pour entretenir et rénover les églises lesquelles sont peu fréquentées. Je ne suis pas favorable au financement public des édifices religieux, quels qu’ils soient.

Propos recueillis par Pierre Cassen

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